Présentée au Festival NEXT 2008 les 9 et 10 décembre 2008 à l’Espace Pasolini, Valenciennes
Texte Franck Meyrous
Adaptation Mr X
Conception, scénographie et mise en scène Mr X & Mr J
Interprétation Enora Malagré, Jean-Luc Vincent, Mr X & Mr J
Création vidéo Mr X & Mr J
Création musicale Cambodia Bridge
Coproduction Compagnie Fanadeep / Paris, représentée par Alain Thomas – Théâtre National de Bretagne / Rennes
Avec le soutien du Centre National des Écritures du Spectacle La Chartreuse Villeneuve lez Avignon – l’Espace Pasolini de Valenciennes – le Centre de Création Numérique Le Cube Issy les Moulineaux
Le texte original a reçu l’aide à la création de la D.M.D.T.S du Ministère de la culture et de la communication
Durée 1h40
À travers le parcours du Surfer (sportif de haut niveau revenu d’un long coma, chanteur, politicien, puis gourou mondial) et d’un peuple totalement dévoué, l’univers de Fils de D décrypte, sous la forme d’une installation vidéo, un monde de communication frénétique où les rôles sociaux et les vecteurs du divin ne sont plus identifiables et néanmoins partout présents dans le quotidien. Nos sociétés, en quête de spiritualité, déboussolées par la crise, semblent prêtes à se laisser séduire…
Je m’y remets chaque matin, je rentre mes doigts dans mes mains, je compte jusqu’à trois, mes fidèles me chantent le lever du soleil en caressant mon torse, en tirant sur mes draps, pour me crier que tu es là, sous la peau qu’ils embrassent. Suis-je celui que je dis, celui que tu as choisi ?
Fils de D de Franck Meyrous – extrait
Les images n’ont d’autre fonction que celle d’un compagnon inutile et accessoire, qui rassurent ou nous enterrent, nous propulsent citoyen d’honneur ou signent notre arrêt de mort. Elles accompagnent les bêtes que nous sommes, nous réunissent comme ce D dans notre misérabilisme. Nous sommes ces fils, il est doux de sentir sa présence et angoissant de le sentir si inaccessible. D’un simple mouvement l’espace s’ouvre sur nos vies intérieures ou extérieures et nous décidons par quel canal aujourd’hui nous nous regarderons. De la fiction au documentaire, aux archives de notre passé, l’image est l’opium de notre révolte – ce qui nous empêche de crier.
FdD interroge la construction/déconstruction d’un état schizophrénique individuel et sa source collective : l’iconographie du monde contemporain dans les médias. Nous avons travaillé essentiellement sur la notion de détournement d’images à travers l’installation de six moniteurs vidéos suspendus dans une boîte noire (documentaires animaliers, eXistenZ et Dead Ringers de David Cronenberg, Logan’s Run de Michael Anderson, le soap opéra The Bold and The Beautiful).
Textes écris par des étudiants de l’école des Beaux-arts de Valenciennes
« Ce n’est pas une défaillance de votre téléviseur, n’essayons donc pas de régler l’image. Nous maîtrisons à présent toute retransmission, nous contrôlons les horizontales et les verticales. Nous pouvons vous noyer sous un millier de chaînes ou dilater une simple image jusqu’à lui donner la clarté du cristal et même au-delà ; nous pouvons modeler votre vision et lui fournir tout ce que votre imagination peut concevoir ; pendant l’heure qui vient nous contrôlons tout ce que vous allez voir et entendre, nous partagerons les angoisses et les mystères qui gîsent dans les plus profonds abysses au-delà du réel. »
Parole tenue.
On sort de là bouleversé, avec une furieuse envie de relire F. Nietzsche consciencieusement. Cette analyse douloureusement juste de la société et du comportement humain (voilà de bien grands mots…) appuie là où ça fait mal et tourne le couteau dans la plaie, dans une saturation de différentes strates expressives et de moyens employés qui judicieusement mais violemment portent le sens jusqu’à nous, que nous le comprenions ou non, que nous le saisissions ou non. Ceux-là ont un pouvoir magique je l’affirme.
F. Nietzsche : « …nous avons l’art afin de ne pas mourir de la vérité (…) deviens ce que tu es, c’est à dire ce que tu n’es pas encore (…) en vérité l’homme est un fleuve malpropre. Il faut être un océan pour pouvoir recueillir un fleuve malpropre sans se salir… »
Camille Debain
Nage, cours, chante, ris, pleure, joue à la Nintendo DS®, tombe amoureux, fais du shopping, écoute la radio, bois du Coca-Cola®, paye ta canette, fume ton chon, prends des Lotus® pour tes toilettes, achète-toi des Ray Ban®, regarde la télé au moins 3 heures par jour, faut qu’t’ai un Iphone®, rentre un maximum de contacts sur Facebook®, regarde toutes ces pub qui inondent les murs et surtout n’oublie pas qu’il te faut absolument tout ça, passe ton permis, n’oublie pas l’assurance, le MacDo® c’est bon…
Tu es populaire, faute de mieux, tout le monde voudrait avoir ton nom, et tout ça te suffit largement, tu penses avoir réussi ta vie, et ce qui est bien, c’est qu’elle ressemble à celle de milliers d’autres hommes bien plus riches que toi, plus fous encore ! Des milliers de gens se cracheraient dessus pour passer ne serait-ce que 5 minutes avec toi, et toi-même, si un jour tu pouvais avoir l’honneur de piper le président, tu le ferais… Tu es de l’autre côté du mur, le bon, quel honneur, après ça tu peux mourrir tranquille… Et n’oublie pas ton rail de coke®, ça rend tout tellement plus fun, surtout dans les orgies… Babylone ? C’est merveilleux !!!
Carine Alavoine